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Accueil du site > Actualités > International > Envoi de casques bleus dans le Donbass : un pas en avant, deux pas en (...)

Envoi de casques bleus dans le Donbass : un pas en avant, deux pas en arrière

Depuis la proposition de Vladimir Poutine en septembre 2017 d’envoyer des casques bleus dans le Donbass pour protéger les observateurs de la Mission de Surveillance Spéciale (MSS) de l’OSCE, les propositions, contre-propositions et commentaires publics se suivent d’un côté comme de l’autre et n’en finissent pas d’embourber ce projet.

La Russie a toujours été très claire sur ce qui est acceptable et son point de vue et de celui des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) : une mission limitée à la protection des observateurs de l’OSCE et seulement une fois que le volet sécurité des accords de Minsk est accompli (c’est-à-dire respect du cessez-le-feu, et retrait des armes lourdes de la ligne de contact).

Et les propositions ukrainienne et américaine sur ce sujet étaient tout sauf acceptables, puisqu’il s’agissait d’envoyer des dizaines de milliers de casques bleus dans tout le Donbass, pour prendre le contrôle de la frontière avec la Russie (alors que ceci est le dernier point des accords de Minsk). L’extension de leur mandat en termes d’utilisation de leurs armes les transformait de facto en force d’invasion. Cette proposition inacceptable a bien sûr été refusée tant par Moscou que par Donetsk et Lougansk.

Moscou continue de défendre un certain nombre de points de sa proposition initiale comme étant non négociables. Malgré cela, les États-Unis, et les séides de l’OTAN, continuent de faire des propositions qui ne rentrent toujours pas dans le cadre considéré comme acceptable par la Russie, la RPD et la RPL.

Il en est ainsi du rapport de Richard Gowan (qui travaille au Conseil Européen des Relations Étrangères), écrit à la demande d’Anders Fogh Rasmussen (ancien chef de l’OTAN, et désormais conseiller de Porochenko), et qui sera soumis le 17 février lors de la conférence sur la Sécurité de Munich.

On y retrouve de nouveau ce chiffre délirant qui avait été avancé par l’Ukraine de 20 000 casques bleus, auxquels il faudrait ajouter 4 000 policiers (sic). Soit 24 000 hommes en tout. L’équivalent de l’armée de la RPD et presque 30 % de l’effectif total des casques bleus dans le monde (un peu plus de 82 000 en 2017)…

Pour comparatif, la mission de l’ONU pour la stabilisation de la situation en Centrafrique est de 11 200 soldats, et celle au Soudan du Sud est de 12 500 soldats et 1 323 policiers. Et on parle là de territoires autrement plus vastes et peuplés que la RPD et la RPL réunies !

Le rapport préconise d’aller chercher ces hommes parmi des pays qui ne soient pas de l’OTAN mais dont certains sont dans l’UE, comme la Suède, qui est censée mener cette mission. Or la politique militaire de l’UE étant définie par l’OTAN et inféodée à cette dernière, et la politique étrangère de l’UE étant dictée par Washington (voir les sanctions anti-russes) croire que la Russie va laisser 24 000 hommes en armes débarquer dans tout le Donbass jusqu’à la frontière russe, sous commandement d’un pays de l’UE tient du délire le plus absolu.

Je ne parle même pas de la proposition d’inclure le Brésil dans les pays fournissant de telles forces armées, alors qu’après la destitution de Dilma Roussef, le pays ne peut plus être considéré comme aussi fiable qu’auparavant par la Russie.

Le délai de stationnement de cette force de l’ONU serait de trois ans en tout (un an jusqu’à la tenue des élections et deux ans encore après). Le plus incroyable c’est l’argument qui est avancé pour justifier la présence de 4 000 policiers en plus des 20 000 soldats : le risque d’émeutes post-élections !

En clair ils s’attendent à ce que le résultat de ces dernières ne soit pas conforme aux souhaits de la population. Ce qui en dit long sur ce que vaudront de telles élections. En clair le Donbass serait alors bel et bien occupé par ces forces de l’ONU pour forcer sa population à accepter l’inacceptable.

Les dirigeants russes, et ceux de la RPD et de la RPL sont très loin d’être des idiots et ne laisseront pas un tel plan être mis en œuvre. La Russie opposera donc son veto à une telle contre-proposition qui n’est en rien conforme aux exigences des deux républiques populaires.

De plus, comme l’avait soulignée la RPL l’an passé, une telle force de maintien de la paix est énorme et coûtera littéralement une fortune à maintenir sur place. Qui sera prêt à payer pour une telle force de maintien de la paix ?

En attendant, la Russie a souligné que pendant que sont lancés dans les médias de tels rapports et propositions, sur le plan concret rien n’avance au sujet de cette mission.

« Il serait bon de convenir d'un mandat pour la mission dite de protection des Nations Unies. Il ne s'agit pas d'une mission de maintien de la paix car elle est chargée de protéger et d'assurer le fonctionnement de la Mission Spéciale de Surveillance de l'OSCE. Les représentants étrangers et les émissaires ukrainiens ont un point de vue tout à fait différent. Il n'y a donc plus rien à se dire pour l'instant,  » a ainsi déclaré Alexandre Loukachevitch, le représentant russe permanent à l’OSCE.

Il a aussi rappelé le gouffre qui sépare la vision russe de cette mission (une présence mineure pour améliorer la mobilité des observateurs de l’OSCE) de celle défendue par l’Ukraine (qui voit dans cette mission une force de dé-occupation du Donbass, alors qu’en réalité il s’agirait bel et bien d’une force d’occupation mais pro-Kiev).

Il a ajouté qu’en l’état actuel le sujet n’était même pas discuté à l’OSCE, alors que l’organisation est concernée au premier chef par cette mission. Loukachevitch en a d’ailleurs profité pour rappeler que la Russie était pour le prolongement de la mission de l’OSCE dans le Donbass (dont la mission arrive à son terme fin mars), malgré ses imperfections.

« Malgré les imperfections dans leurs rapports, ils font un travail très utile. Nous sommes résolument favorables à l'extension du mandat de cette mission en tant que facteur contraignant pour les têtes brûlées. L'armée ukrainienne s'abstient d'utiliser massivement des armes ou de s'aventurer dans les grands paris militaires en présence de la Mission Spéciale de Surveillance, » a-t-il souligné.

À mon sens, cette partie de la déclaration de Loukachevitch tient plus du vœu pieu diplomatique que de la réalité. À l’image de celle de Martin Sajdik, représentant spécial de l’OSCE en Ukraine, qui refuse d’admettre la réalité concernant la situation des accords de Minsk.

«  Au cours de mon mandat en tant que représentant spécial du Président en exercice de l'OSCE, j'ai été profondément convaincu qu'il n'y avait tout simplement pas d'alternative aux accords de Minsk pour un règlement pacifique dans l'Est de l'Ukraine. Et je ne peux en aucun cas accepter le point de vue selon lequel les accords de Minsk ne sont pas mis en œuvre et le processus de Minsk ne fonctionne pas  », a-t-il déclaré.

Malheureusement, ce n’est pas en niant la réalité que l’on peut régler le problème. Il suffit à monsieur Sajdik de lire les déclarations de certains politiciens ukrainiens, comme Oleg Liachko, où il essaye de faire croire que l’Ukraine n’a aucune obligation d’appliquer les accords de Minsk sous prétexte que la Rada ne les a pas ratifiés, pour se rendre compte que Kiev n’a pas l’intention d’appliquer ce qu’elle a signé.

Et pendant que les propositions et contre-propositions s’accumulent, l’Ukraine continue de préparer son offensive, et de tirer sur les civils, comme sur l’école N°3 de Dokoutchayevsk, qui a été prise pour cible ce midi par l’armée ukrainienne. Les enfants n’ont pas été touchés par les tirs de véhicule de combat d’infanterie et se sont réfugiés dans l’abri anti-bombardements.

Le Donbass et sa population n’ont pas besoin de casques bleus de l’ONU pour que cesse la guerre, ils ont simplement besoin que l’Occident cesse de soutenir et financer Kiev, et de couvrir ses crimes de guerre. Et surtout que l’Occident arrête de se voiler la face et de nier la réalité de ce qu’est devenue l’Ukraine !

Christelle Néant

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10 réactions à cet article    


  • V_Parlier V_Parlier 15 février 13:39

    Seul écho officiel chez nous parmi tout ça : L’expulsion de Saakashvili et la corruption de Porochenko : http://www.rfi.fr/europe/20180213-ukraine-saakachvili-expulse-vers-pologne .

    La partie la plus risible : "Pour le député libéral Yehor Sobolev, c’est un aveu de faiblesse : « Ils ont peur. Et ils ont raison d’avoir peur. Parce que bientôt, nous leur demanderons justice ! Et Mikheïl Saakachvili reviendra dans ce pays ! Nous irons ensemble à sa rencontre. »« 

    Mais les gens bombardés, c’est moins vendeur que  »l’actu people", c’est là qu’on voit que nous avons une presse d’intellectuels...


    • Christelle Néant Christelle Néant 15 février 13:58

      @V_Parlier
      Déprimant.....


    • blablatouille 15 février 13:52

      Serait-il possible d’avoir un article sur les activités et l’existence de sociétés comme WAGNER, ORYOL, MORAN ou encore RSB GROUPdans l’est de l’Ukraine ?


      Merci

      • Christelle Néant Christelle Néant 15 février 13:59

        @blablatouille
        Si c’est du côté ukrainien, ca sera très compliqué pour moi pour ne pas dire impossible


      • BA 15 février 13:58

        Officiel :


        Les Etats-Unis ont annexé l’Union européenne.


        L’Union européenne est aujourd’hui totalement soumise aux Etats-Unis.


        Dernier exemple en date : la défense.


        Jeudi 15 février 2018 :


        L’UE reconnaît que la défense commune est une mission pour l’Otan seule (Mattis).


        Les alliés européens ont reconnu que la défense commune est une mission pour l’Otan et pour "l’Otan seule", a affirmé jeudi le secrétaire à la Défense américain Jim Mattis à l’issue d’une réunion au siège de l’Alliance à Bruxelles.

        "Il y a un accord clair pour inclure dans le document de l’UE que la défense commune est une mission pour l’Otan et pour l’Otan seule", a déclaré M. Mattis au cours d’une conférence de presse après une discussion sur l’initiative européenne de défense.

        "Je pense que les doutes qui devaient être dissipés hier ont été dissipés d’une manière très importante", a souligné la ministre de la Défense espagnole María Dolores de Cospedal au cours d’un point de presse.

        La délégation américaine avait exprimé de sérieuses réserves sur la relance de l’Europe de la défense européenne avant la réunion de Bruxelles. Le Canada, la Norvège, l’Islande et l’Albanie ont également fait part de leurs préoccupations, selon une source diplomatique au sein de l’Otan

        "L’initiative européenne ne doit pas enlever des activités et des moyens à l’Otan", avait notamment mis en garde Katie Wheelbarger, chargée de la sécurité internationale au ministère américain de la Défense, avant la visite de Jim Mattis à Bruxelles.

        Le secrétaire générale de l’Otan Jens Stoltenberg s’était également fait l’écho de ces inquiétudes. "L’UE ne doit pas se substituer à ce que fait l’Otan« et elle »ne doit pas fermer ses marchés de défense" aux Américains et aux autres pays non membres de l’UE, avait-il averti.

        La représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a été invitée mercredi soir à un diner de travail pour expliquer l’initiative européenne.

        "Ce diner a été très constructif", a-t-on assuré à l’Otan et au sein de l’UE.

        "La coopération et le fait qu’il existe deux organisations comme l’UE et l’OTAN qui peuvent travailler ensemble (...) a été évidente hier soir lors du dîner" avec Mme Mogherini, a pour sa part expliqué la ministre espagnole, en parlant de "voies complémentaires, et non parallèles, en termes de politique de sécurité, de politique de défense et de coopération".

        La Coopération structurée européenne (CSP), lancée en décembre 2017 par 25 pays de l’UE, doit leur permettre de développer conjointement des capacités de défense et d’investir dans des projets communs. Un Fonds européen de la Défense est censé générer un investissement total dans le développement des capacités de défense de cinq milliards d’euros après 2020.


        https://www.romandie.com/news/L-UE-reconnait-que-la-defense-commune-est-une-mission-pour-l-Otan-seule-Mattis/890729.rom



        • Christelle Néant Christelle Néant 15 février 14:00

          @BA
          En clair tout membre de l’UE se retrouve inféodé à l’OTAN de facto....


        • JMBerniolles 15 février 15:50
          @BA

          Il ne faut tout même pas avoir la naïveté de faire confiance au américains pour rendre compte d’un problème qui existe. C’est un fait : il y a une tentative de l’Allemagne de mettre sur pied une défense européenne. C’est une manière douce de quitter l’OTAN.

          Evidemment les américains se sont mobilisés pour éteindre ce feu. Avec toutes les pressions possibles sur d’autres pays européens comme l’Espagne, l’Italie sans doute et bien entendu la France le vassal habituel..... 

          C’est une erreur de se focaliser sur le formalisme qui fait référence à l’aspect défense, parce qu’en vérité les USA utilisent l’OTAN comme un moyen d’agression. Par exemple l’envoi de missiles depuis l’Espagne... 

          En réfléchissant à une certaine chronologie des événements, je reviens au moment où il a été révélé en Allemagne que la NSA espionnait les allemands et y compris Merkel. Il n’y a pas eu de conséquences apparentes, de toute manière nos médias étouffent toute information, ne parlons pas d’analyses sur ce sujet. Mais peu après nous avons eu Maïdan organisé par les américains, notamment par l’ambassade américaine en Ukraine et son ambassadrice Victoria Nuland.
          Si celle-ci a eu cette réflexion grossière : « F**K you Europe » c’est sans doute que l’Allemagne n’était pas d’accord avec ce coup d’état à la manière CIA. Ce ne peut être gratuit, c’est une réponse, néo con, à un frein. 

          Nous n’avons pas beaucoup d’éléments pour analyser les choses en profondeur, mais il ne faut surtout pas se laisser endormir par la propagande (Notre information est dirigée par l’OTAN et des agences de presse.... Reuters, l’AFP, ...) 

          De plus l’Ukraine en faisant pas partie de l’OTAN ce pays n’est pas concerné par la clause de défense commune de cette organisation.

        • lejules lejules 15 février 19:11

          @BA et @JMBerniolles 

          merci de vos commentaires. sortir de l’OTAN n’est pas une utopie cela c’est déjà fait .
          vu la tournure des événements cela devient impératif !!!
          pour nous libérer totalement de la tutelle US nous nous devons de quitter l’Europe et de redevenir indépendant monétairement c’est a dire revenir au Franc( franc qui veut dire libre ) l’euro nous enchaîne car trop fort pour l’économie française il provoque le chômage en rendant nos exportations trop chères.
          tous ces départs sont possibles il faut une volonté politique de le faire. 

          ces 3 sorties OTAN, Euro, Europe nous permettrait d’avoir une politique française véritablement indépendante. rêvons : rien ne nous empercherait alors de reconnaître le Dombass comme un pays indépendant. 





        • JMBerniolles 15 février 20:17
          @lejules

          Je suis d’accord avec cela mais ce n’est pas suffisant.

        • lejules lejules 15 février 20:38

          @JMBerniolles

          ah ! effectivement ce n’est que le strictement nécessaire mais pour y arriver quel boulot !
          si l’on dit que l’on est pour le brexit on vous traite de facho
          et quitter l’Europe c’est de la pure inconscience 
          revenir au franc c’est rétrograde et ringard.
          la plupart des idées nouvelles passe par 3 phases
          1) c’est absurde et con
          2)c’est dangereux
          3)c’est évident
          lorsque les français auront réalisé ces 3 sorties ils seront psychologiquement prêt a prendre le mors aux dents et a prendre leur destin en main voir a réaliser de grandes choses.en aucun cas il y a a désespérer de l’histoire de France.

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